LA PHILOSOPHIE ET L’EXAMEN DU BACCALAUREAT                           



1/- Le choix des sujets

 A- la désignation des commissions d’élaboration
       
L’IPR (Inspecteur Pédagogique Régional) de l’Académie choisit les Professeurs qui composeront les commissions chargées de proposer les sujets demandés par le Ministère pour telle section du Baccalauréat, dans telles Académies.
Ce sont des Professeurs dont il connaît la compétence et le sérieux pour les avoir inspectés, qui enseignent actuellement, ou ont enseigné depuis peu, dans les Classes Terminales correspondant aux sections du Baccalauréat auxquelles sont destinés les sujets à élaborer. Seuls des Professeurs titulaires, Agrégés ou Certifiés, peuvent être convoqués. Même si on évite de convoquer trop souvent les Professeurs qui enseignent aux extrémités de l’Académie, loin du Rectorat, tout Professeur enseignant dans l’Académie peut être convoqué et on s’efforce de faire en sorte que des représentants des trois Départements (Rhône, Loire, Ain) soient présents dans chaque commission.  Les réunions de ces commissions ont lieu pendant le temps de travail scolaire : les convocations valent ordre de mission et sont prioritaires à l’égard de toute autre exigence de service.

B- le travail des commissions

Un Inspecteur Général, désigné par le Doyen de Philosophie, co-préside avec un Universitaire le travail des Commissions : le Baccalauréat est en effet le premier grade de l’Enseignement Supérieur. Il peut déléguer son pouvoir à  l’IPR de l’Académie. Il est responsable devant le Ministre de la qualité des sujets retenus.  
La Commission va examiner sujets et textes proposés par chacun de ses membres. Elle s’assure que les sujets sont bien adaptés aux programmes officiels, à l’enseignement dispensé dans les diverses sections et au niveau moyen des élèves, et que les sujets proposés ne figurent pas dans des annales récentes du Baccalauréat ou dans des manuels ou recueils de textes.

C- la vérification des sujets et le choix final

Deux  professeurs d’essai, étrangers aux Commissions d’élaboration, examinent séparément les sujets proposés, corrigent les erreurs éventuelles, apprécient l’intérêt comme les difficultés particulières à tel sujet, en consignant leurs remarques dans un  rapport. Au vu de ces rapports les co-Présidents de la commission rédigent à leur tour un rapport sur l’ensemble du travail effectué et, s’ils jugent les sujets conformes, signent un bon à tirer. C’est en définitive le Recteur de l’Académie qui, disposant de l’ensemble du dossier, prend sa décision.

 
2/- Commissions d’entente

A- le travail préparatoire

Avant même la correction des copies l’IPR demande à quelques Professeurs d’avoir le souci, dès leurs premières heures de correction, de repérer et de noter ce qui pourrait faire l’objet d’interrogation et de discussion lors des réunions des Commissions d’entente, quelques jours plus tard. Généralement trois Collègues sont sollicités par Série du Baccalauréat, chacun ayant la responsabilité de l’un des trois sujets. C’est un travail important de préparation du travail des Commissions : il s’agit entre autres d’analyser la manière (ou les manières différentes) dont les candidats ont pu comprendre le sujet, ou lire le texte, de repérer tel type de copie difficile à apprécier, etc…

B- le travail de la Commission

     Tous les correcteurs d’une même Série au Baccalauréat sans exception sont convoqués par l’IPR pour cette réunion d’entente quelques jours après le début de leur correction.
Les Professeurs chargés de la préparation présentent un bref rapport et animent la discussion pour permettre à leurs Collègues de réagir à ce premier bilan, en fonction de leur propre expérience de correction de leurs copies.
Grâce à cet échange, chaque correcteur peut confronter son jugement à celui de ses pairs : pour l’ensemble des copies sur un même sujet, mais surtout pour celles qui présentent des difficultés particulières, et que l’on retrouve d’un lot à l’autre. On cherche à se mettre d’accord par exemple sur la validité ou non de telle lecture, de telle compréhension du sujet. Que peut-on admettre, que doit-on exiger d’un candidat au terme d’une année de philosophie ? Comment apprécier les références (ou l’absence de toute référence) aux auteurs, quelle conséquence doit avoir un contresens sur tel auteur cité ? De quel poids doivent peser toutes ces faiblesses ou lacunes (y compris dans la maîtrise de l’orthographe) au regard des critères prioritaires de correction  (le passage de l’énoncé du sujet à une ébauche au moins de problématique,  l’effort pour construire un développement avec un minimum de progression, une tentative pour réfléchir personnellement plutôt que de réciter des schémas tout faits…).
C’est en réaffirmant ensemble leur accord sur ces fondamentaux, face à des copies bien réelles, que les correcteurs se découvrent porteurs d’un « sensus communis » capable de l’emporter, en chacun d’entre eux, sur telle réaction spontanée qui s’avérerait excessive et par suite injuste, assurant mieux ainsi l’homogénéité de la correction.
La lecture à haute voix d’une ou deux copies, jugées intéressantes par un correcteur, peut permettre aussi de faire avancer cette réflexion collective.
La réunion d’entente dure une demi-journée. Elle se tient en présence effective de l’IPR.


3/- Commissions d’harmonisation

En fin de correction, les correcteurs sont réunis à nouveau, toujours par Séries du Baccalauréat, pour qu’ils puissent confronter leurs notes provisoires , et tout particulièrement la répartition de leurs notes :  en plus de la note moyenne de l’ensemble du paquet, la note médiane (celle où l’on s’arrête quand on part de la note la plus basse pour remonter jusqu’à la moitié du lot) est significative de l’étalement des notes : elle permet en particulier de repérer des distorsions, d’un lot à l’autre, dans l’attribution des notes basses. Chaque correcteur peut ainsi se situer par rapport à ses Collègues, en tirer des leçons pour revoir une dernière fois telles copies sur lesquelles ils avaient pu hésiter, affiner son échelle de notes (par exemple en n’hésitant plus à relever la note de quelques très bonnes copies).Cette ultime mise au point peut se faire de manière plus efficace grâce à un travail par petits groupes : on s’assure ainsi d’un accord sur des copies  qu’on avait eu du mal à apprécier, sur celles qui avaient été notées très sévèrement.
C’est uniquement après la réunion d’harmonisation que les correcteurs enverront au service des Examens du Rectorat leurs notes définitives.


4/-Formation continue des correcteurs


Mais en dehors de la période même du Baccalauréat, dans le courant de l’année scolaire, de plus en plus dans les Académies, sous la responsabilité des IPR, des journées de travail sont organisées pour satisfaire aux exigences d’une véritable formation continue des Professeurs de Philosophie correcteurs au Baccalauréat (c’est-à-dire aujourd’hui de l’ensemble des Professeurs de Philosophie, puisque tous ceux qui enseignent en Classes Terminales de Lycée sont concernés et mobilisés par l’Examen, et que même ceux qui ont une partie de leur service en Classes Préparatoires sont convoqués). Parmi ces journées, décentralisées sur l’ensemble de l’Académie pour qu’un nombre raisonnable de participants permette un travail efficace, certaines peuvent être consacrées à un authentique exercice collectif de correction suivi d’une analyse et d’un échange, toujours à la recherche de ce « sensus communis » évoqué plus haut.

A- l’IPR choisit parmi les archives rectorales du Baccalauréat 4 ou 5 copies des années antérieures en fonction des notes qu’elles avaient obtenues à l’Examen (correspondant aux principaux paliers habituels de notation)

B- les copies, préalablement rendues anonymes, sont distribuées sur place aux participants en début de journée. Chacun corrige individuellement ses copies, les note et rédige pour lui-même une brève appréciation justifiant sa note, comme au Baccalauréat

C- copie par copie les notes mises par les correcteurs sont affichées au tableau et comparées. L’échange et la discussion permettent de repérer les écarts significatifs, de mettre en évidence les « raisons » qui ont pu pousser tel correcteur soit à forcer la note, soit à la diminuer. L’expérience montre que cet « écart » constaté traduit certes une subjectivité dans l’appréciation mais toujours à partir d’une base objective reconnue par l’ensemble des Collègues. Il est significatif d’une plus grande ou moins grande sévérité à l’égard de tel défaut au demeurant indéniable.

D- A partir de là chaque correcteur est amené à discuter avec les autres des critères prioritaires qu’il convient de privilégier dans l’appréciation  et la notation d’une copie. Tous sont vite d’accord pour énoncer les critères qui permettent de juger «correcte» une dissertation de philosophie au Baccalauréat. Encore convient-il de se mettre d’accord sur la hiérarchie à reconnaître à ces différents critères, et certains écarts constatés permettent de déceler des distorsions dans cette hiérarchie. De même la discussion peut révéler  les raisons d’un écart entre un accord sur un jugement qualitatif («c’est une copie correcte, honnête») et la notation quantitative : quels que soient par ailleurs ses défauts ou ses lacunes, si on juge une copie «correcte» après une année de philosophie en Classe Terminale, la seule note qui est cohérente est : la moyenne (10/20), et non pas la moyenne des notes telle que les statistiques portant sur l’ensemble des copies pour une Académie l’ont retenue  pour le dernier Baccalauréat (de 8,5 à 9 ?).

E- Un bilan positif

Ce travail engagé dans l’Académie de LYON a donné des résultats très positifs : en l999 tous les Collègues de l’Académie se sont retrouvés à Lyon pour examiner, apprécier et noter 4 copies tirées des archives du Baccalauréat : 2 Commissions de travail pour l’Ain, 3 pour la Loire, 4 pour le Rhône, ont pu confronter leurs critères de notation dans une ambiance de vrai dialogue, à la satisfaction de tous. En tenant compte de l’expérience, le travail a été repris en 2002-2003, dans un cadre décentralisé, ce qui permet de réunir des groupes plus restreints (entre 25 et 50 personnes), avec 1 réunion pour l’Ain, 2 pour la Loire, 3 pour le Rhône : examen de  4 copies portant sur un texte d’Hannah Arendt  ( Série ES).
Même s’il est difficile de prétendre chiffrer le bilan de ces exercices de formation continue,  on a pu constater que la moyenne des notes de Philosophie au Baccalauréat s’était rapprochée, en 1998 et 1999, de la moyenne des autres disciplines. Contrairement à une idée reçue, qui voudrait que la moyenne en Philosophie soit inexorablement de 7/20, elle a été, à LYON :
En 1998 : en Série L : 8,87    en Série S : 7,90     en Série ES : 8,50
1999 :                        9                            8,30                         8,52
Cette évolution est confirmée par les statistiques du Ministère de l’Education Nationale concernant le Baccalauréat 2001 :

Pour l’ensemble de la France les  moyennes en Philosophie ont été les suivantes :

Série L :  9,09  (alors qu’elles étaient en Français écrit de 9,75 et en Histoire de 9,51)
Série S :   8,56
Série ES: 8,68

Pour l’ensemble des Séries, la moyenne en Philosophie était de 8,71  (Lyon : 8,98)

Il est ainsi prouvé qu’une véritable formation continue des correcteurs en Philosophie, telle que celle que nous avons inaugurée à Lyon depuis déjà plusieurs années, peut permettre :

-de relever sensiblement les moyennes en Philosophie, en les rapprochant progressivement des moyennes des autres disciplines
-de diminuer le nombre de notes qu’à Lyon nous avions qualifiées d’ « infâmantes », aux yeux des élèves et des parents d’élèves : notes de 0 à 4 compris. Ces notes, qui exigent du correcteur une justification claire, précise et complète en haut de la copie corrigée, ne dépassent plus 5% du total en 2001 pour notre Académie( 1,5 % entre 0 et 3).

Notons encore que l’écart-type des notes en Philosophie  (2,95), inférieur à celui d’autres disciplines comme l’Histoire (3,14) ou les Mathématiques (3,71), est comparable à celui du Français écrit (2,84).





Pierre CHOPELIN, 27 mai 2003