COMMUNIQUE DU 13 DECEMBRE 2003

 

Suite à l’application du nouveau programme de philosophie des séries générales à la rentrée 2003, la DESCO a organisé des réunions interacadémiques de suivi du programme à travers toute la France. Une réunion s’est tenue à Lyon le jeudi 11 et le vendredi 12 décembre regroupant environ 215 professeurs des Académies de Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble et Lyon sous la présidence de M. Poirier, IG, de Mme Chaluleau et de MM. Conrad, Doly et Sainte-Rose, IPR des quatre Académies. 75 professeurs de l’Ain, de la Loire et du Rhône étaient présents, soit une part très importante et significative du corps enseignant de l’Académie de Lyon. Si le jeudi matin fut l’occasion d’une séance plénière au CRDP, les professeurs ont participé le jeudi après-midi et le vendredi matin à des ateliers sur six thèmes (les « repères conceptuels », la « culture philosophique initiale », les « notions nouvelles », la « différenciation de l’enseignement selon les séries », les « sujets de dissertation » et l’articulation « Notions-Œuvres ») avant de mettre en commun les travaux des ateliers en séance plénière le vendredi après-midi.

 

En règle générale, les professeurs se sont félicités de cette réunion qui présente un double mérite :

 1/ Pour la première fois dans leur carrière, ils ont eu l’opportunité de se rencontrer en nombre avec les collègues d’autres Académies afin d’échanger points de vue et perspectives sur les manières d’enseigner.

2/ Après de trop longues années de controverses et de déchirements, la promulgation du nouveau programme a permis le retour à la sérénité que requiert notre enseignement. Ce programme fait l’objet d’un vaste consensus au sein de la profession, exprimé lors des consultations de l’an dernier et réaffirmé lors des réunions interacadémiques.


L’Association Pour la Philosophie (APP) souhaite apporter les précisions suivantes sur deux points importants : la faisabilité du programme et l’usage des repères conceptuels.

 

I / Confrontant mécaniquement le nombre des notions à celui des semaines scolaires, de rares collègues, souvent mal informés des exigences, pratiques et réalités de notre enseignement, ont émis des doutes quant à la faisabilité du programme. Ces inquiétudes nous semblent vaines et sans fondement.

a/ On ne saurait nier que le programme actuel comporte moins de notions que les programmes précédents. Le « choix d’un nombre restreint de notions » permet de mieux identifier celles qui sont « les plus communes et les mieux partagées ». On ne peut que se réjouir de cet allègement rendant possible une meilleure détermination de la « culture philosophique  élémentaire  » que définit la « culture philosophique initiale  ».

b/ Le fait de comparer le nombre des notions à celui des semaines scolaires participe de l’illusion atomistique, qui consiste à considérer chaque item notionnel comme constituant une entité autonome, justifiant une problématique et un traitement spécifiques, comme si les rapprochements conceptuels étaient interdits ! Le programme oppose à cette illusion le principe de la solidarité organique des notions et des textes, et plus encore, des notions entre elles : « les notions retenues doivent constituer un ensemble suffisamment cohérent et homogène pour que leur traitement fasse toujours ressortir leurs liens organiques de dépendance et d'association " (voir le communiqué de l'APP sur « La notion de culture philosophique élémentaire »).

II/ Ce sont les mêmes collègues qui croient à tort déceler dans les « repères conceptuels », principale innovation du texte, un alourdissement du programme, et qui s’inquiètent de la manière de les intégrer à leur enseignement. Or, qu'est-ce qu'un repère conceptuel sinon un moyen de s'orienter dans la pensée ? Les repères déterminent plus clairement le programme dans le respect du principe de la liberté essentielle à l’enseignement philosophique. De fait, la plupart d'entre nous les pratiquaient depuis toujours. Il en va comme de M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir : qui n'a jamais évoqué dans son cours sur le droit et la justice la distinction légal/légitime ou exposé dès le début de l'année et répété dans chaque cours, ou presque, celle de l'universel et du particulier ? Une des grandes vertus du nouveau programme est d'expliciter clairement cet implicite de notre enseignement. Remarquons les points suivants.

a/ Les repères agissent comme des ouvroirs de problématiques potentielles, offrant les moyens conceptuels de traiter divers problèmes. En ce sens, ils procurent des outils méthodologiques pouvant facilement être mobilisés par les élèves pour résoudre des problèmes : ils ont valeur "opératoire".

b/ Ils n'alourdissent pas le programme en ce sens qu'ils ne doivent pas être étudiés en eux-mêmes mais en rapport aux notions et aux textes. Le programme l'exprime très clairement : "ces repères ne feront en aucun cas l'objet d'un enseignement séparé ni ne constitueront des parties de cours". Ils ne visent en définitive qu'à préciser et enrichir  "l'étude méthodique des notions"

c/ Ils ont le mérite de nous inviter à passer d'une discipline trop souvent axée sur la pure histoire des doctrines à un enseignement qui, tout en s'appuyant sur l'histoire de la philosophie, est plus tourné vers l'analyse conceptuelle des notions.

d/ Le seul risque éventuel qu'ils représentent est  l'ambiguïté d'un sujet employant dans sa formulation un mot figurant dans la liste des repères conceptuels, incitant ainsi les candidats à plaquer artificiellement sur la question une distinction factice et inappropriée. Ainsi, dans la question "Est-il légitime d'opposer les paroles et les actes ?", un élève "besogneux", plus soucieux de la lettre que de l'esprit du cours, pourrait être tenté de répondre que "c'est légal mais non légitime" ou qu'il s'agit d'acte et non de puissance... Mais outre le fait que ce risque existait déjà dans notre enseignement, sous d'autres formes, comme dans la tendance à conférer une valeur technique ou conceptuelle à un terme usuel (dans les sujets "doit-on penser que...", le "doit" ne relève pas systématiquement du devoir au sens d'un impératif moral), notre enseignement peut aisément obvier à cette éventuelle dérive en rappelant constamment aux élèves la différence entre l'usage commun et l'usage savant des mots. Il convient ainsi de leur préciser que, dans le repère puissance/acte, "puissance" ne désigne pas l'exercice d'un pouvoir mais sa possibilité et que "acte" ne veut pas dire action mais actualisation d'une possibilité, etc.

                  L'Association Pour la Philosophie se réjouit de l'application d'un programme qui détermine plus clairement, notamment par l'usage des repères conceptuels et dans le respect de la liberté philosophique et pédagogique, le contenu de la "culture philosophique initiale" dont les élèves français ont la chance de pouvoir profiter à l'issue du cycle secondaire.

APP, communiqué du 13 décembre 2003