L'Association pour la philosophie (APP)
L'Association des professeurs de philosophie de l'Académie de Poitiers (APPAP),
L'Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public (APPEP),

COMPTE RENDU DE L’AUDIENCE DU 10 FEVRIER 2003  AU MINISTERE DE L'EDUCATION NATIONALE

 

 

Le lundi 10 février 2003, M. Nembrini, Inspecteur Général de l’Education Nationale et conseiller du ministre Luc Ferry, a reçu en audience au Ministère Edouard Aujaleu, Vanessa Durand et Christophe Paillard, représentant respectivement l’Association des Professeurs de Philosophie de l’Enseignement Public (APPEP), l’Association des Professeurs de Philosophie de l’Académie de Poitiers (APPAP) et l’Association Pour la Philosophie (APP). L’audience avait été sollicitée par ces trois associations majoritaires au sein de la profession suite à la publication d’un avis « provisoire » et « très réservé » du Conseil National des Programmes (CNP) sur le projet de programme de philosophie pour les séries générales réalisé par le Groupe d’Expert des Programmes (GEPS) dirigé par Michel Fichant. Pour des raisons déontologiques, l’APPAP n’était pas représentée par son président, Brice Casanova siégeant au GEPS.


1- Le motif de l’audience est d'emblée exposé à M. Nembrini. L’avis « très réservé », « provisoire » et officieux du CNP a suscité l'indignation et l’inquiétude des enseignants de philosophie. Les raisons de cette indignation, exprimées dans un communiqué rédigé par les trois Associations et le Collectif, sont rappelées. Nombreux sont les points litigieux dans l’avis du CNP, à commencer par son mode occulte de divulgation contraire aux règles de légalité et de transparence qui animent le droit. N’a-t-il pas été diffusé par une association qui n’a jamais caché son soutien au programme Renaut ? Ne prend-il pas ouvertement partie pour cette association au mépris des exigences de neutralité qui devraient animer une institution publique ? Le contenu de l’avis est également préoccupant : il comporte des allégations injurieuses tant envers le GEPS, qui n'aurait pas « un réel souci de l'élève », qu’envers les professeurs accusés de « privilégier leurs exigences personnelles » à celles du travail des élèves. Ces procès d'intention traduisent tant une incompréhension de l’esprit de notre enseignement qu’une dénégation de la volonté du GEPS de trouver une solution de compromis qui permettrait de sortir équitablement de la crise des programmes de philosophie.


M. Nembrini répond que l’avis officieux du CNP n’a « aucune valeur juridique ». Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’en inquiéter, les fuites au Ministère de l’Education Nationale étant d’ailleurs « structurelles ». Il rappelle et répète qu’aux yeux du ministre, « le programme Renaut est un programme provisoire » : le GEPS s’est vu confier la mission de trouver une solution de compromis, c’est-à-dire d’élaborer un projet qui permettra à l’enseignement de philosophie de sortir par le haut de la crise qu’il traverse actuellement. M. Nembrini insiste sur la nécessité d’apaiser les esprits. Les professeurs de philosophie étant sur le point d’être consultés, il faut que le processus se déroule conformément aux règles institutionnelles.


Les trois associations reprennent néanmoins leur analyse de l'avis du CNP. Elles font valoir le caractère problématique d’un avis officieux et contraire aux règles. Il eût été souhaitable que le président du CNP, Jean-Didier Vincent, accepte de l’infirmer ou de le confirmer. Laissant planer le doute, il s’est refusé à le faire dans une réponse à Didier Carsin et Pierre Hayat, auteurs d’une lettre ouverte au ministre. Cette fuite n’est d’ailleurs pas anodine ni « structurelle » : elle trahit un parti pris inadmissible de la part d’une instance publique.


Les trois associations font en outre remarquer le CNP a été mandaté par le ministère pour formuler un avis sur le projet de programme Fichant et non pour porter sur la place publique des procès d’intention. Le texte de cette instance affirme la prétendue nécessité pour la philosophie de s'aligner sur les autres disciplines. La lettre de mission du GEPS est l’œuvre du ministre : aussi le CNP doit-il évaluer le projet du GEPS en fonction de cette lettre. Ses remarques conclusives sur la création d'Ireph, la nature des épreuves du Baccalauréat et les concours de recrutement outrepassent manifestement cette mission et trahissent la partiale incapacité du CNP à  se plier à la logique de compromis souhaitée par le Ministre.


Les trois associations rappellent à M. Nembrini leur sincère attachement au bon fonctionnement des règles institutionnelles. Si l'avis du CNP a suscité l’ire et l’inquiétude des collègues, c'est précisément parce que certains professeurs minoritaires refusent d’admettre la logique du compromis souhaitée par le ministre. Elles affirment leur « étonnement » face à la partialité d'un avis qui désavoue officieusement le projet Fichant après avoir officiellement pris acte, lors de sa rencontre avec le GEPS début décembre, de la bonne volonté et du sérieux avec lesquels le groupe d’experts a honoré la commande ministérielle.

Les trois associations font valoir le bien-fondé de cette inquiétude. Si le caractère « très réservé » de l’avis du CNP était confirmé, les collègues sont fondés à redouter un avis négatif du CNP. Elles énoncent alors un certain nombre de demandes :

Elles rappellent à M. Nembrini qu'il avait reçu avec M. Bossard le 26 juin 2002 une délégation de professeurs, auxquels il avait affirmé que c'était la dernière d’application du programme Renaut et qu'il était impensable que l'on applique un programme contre l'avis de l’immense majorité des professeurs. Elles lui demandent de réaffirmer ces points. M. Nembrini s’y refuse tout en reconnaissant la nature « provisoire » du programme actuel : le processus d’approbation du projet Fichant doit suivre son cours légal.


Le Ministre L. Ferry s’étant placé dans une optique d'écoute et de compromis, les associations attendent de lui confirmation de cette volonté. M. Nembrini nous répond qu'une telle requête ne peut être satisfaite et qu'elle est inutile. Il rappelle en effet que c'est le ministre qui a posé les termes d'un compromis et qu'il n'a donc pas à confirmer sa propre décision. Quant à la valeur de l'avis du CNP, Mr Nembrini  rajoute que Luc Ferry se pliera à la logique institutionnelle et qu’il écoutera les différents avis concernés.

 
2- Sur le déroulement de la consultation

L’APP, l’APPAP et l’APPEP rappellent qu’à la date du 10 février, de nombreux collègues n’avaient toujours pas reçu les documents. M. Nembrini affirme que tout sera fait pour que la consultation se fasse dans les meilleures conditions possibles.


4- Les heures en TS

Les associations attirent l’attention de M. Nembrini sur la grande disparité des horaires des élèves de TS. Certains élèves ont trois heures en classe entière, d’autres trois dont une dédoublée, d’autres quatre en classe entière et les derniers quatre dont une dédoublée. Cette disparité n’existe pas seulement entre les établissements scolaires ; elle affecte parfois les classes d’un même lycée. L’égalité des chances des candidats du baccalauréat exige qu’il y soit mis un terme.


5- Les trois associations s’accordent sur la nécessité de sortir de la crise. Nous faisons alors valoir que seul le projet Fichant 2 permet réellement d'en sortir en tant qu’il est la recherche d’un compromis.


En conclusion, M. Nembrini prend acte du sens des responsabilités qui anime les trois associations. De leur côté, celles-ci réfutent l'existence d’une prétendue contradiction entre la liberté philosophique et le respect  des élèves. Avant de remercier M. Nembrini de leur avoir accordé audience, elles proposent des pistes de réflexions permettant de résoudre certaines difficultés liés à l'exercice de notre enseignement (choix des sujet au baccalauréat, importance des réunions d'harmonisation et de la formation continue, etc.).

Edouard Aujaleu pour l’APPEP, Vanessa Durand pour l’APPAP et Christophe PAILLARD pour l’APP.